Trois types de cordes
Corde dynamique
Composée de fibres polyamide (PA6) très élastiques, environ 15 % d’allongement naturel, traitées thermiquement pour atteindre environ 40 %. C’est l’allongement qui transforme l’énergie cinétique d’une chute en chaleur.
La force de choc (force retransmise au corps en bout de chute) est au maximum de 12 kN. Ce type de corde est conçu pour retenir des chutes de hauteur.
Corde semi-statique
Fabriquée en PA6 ou PE (polyester), fibres à faible élasticité naturelle non modifiée thermiquement. Leur très faible allongement (3-5 % sous 100 kg) les rend confortables pour les travaux en hauteur et la spéléologie.
L’élasticité naturelle sans traitement thermique permet de retenir une chute facteur 1 maximum (longueur de corde = hauteur de chute).
Cordelette hyperstatique
Gaine polyamide (nylon) ou PE (polyester), parfois mélangée avec de la fibre aramide (Kevlar). Âme en aramide (Kevlar) ou PEHD (polyéthylène haute densité, noms de marque Dyneema ou Spectra).
Allongement quasiment nul. Ces cordelettes ne sont pas conçues pour retenir une chute de hauteur (facteur 2) ni une chute en crevasse (facteur 1 avec potentiellement du mou).
Malgré tout, l’idée de les employer pour l’encordement sur glacier est née rapidement, dans l’optique de gagner du poids.
La cordelette statique est-elle recommandable sur glacier ?
Les tests ENSA au Col du Midi
Des premiers tests menés au Col du Midi par l’ENSA de Chamonix dans les années 2010 avaient démontré qu’une chute en crevasse était retenue plus efficacement par une corde statique que par une corde dynamique.
Cette constatation allait à l’encontre de ce qu’on avait toujours cru. La corde statique ne s’allonge qu’une fois lors du choc, très peu, et la charge est immédiatement pendue.
Au contraire, une corde dynamique s’allonge, se rétracte et s’allonge à nouveau. C’est ce rebond qui semblait causer la difficulté à retenir la chute.
Recommandation actuelle
Attention : une deuxième série de tests plus récents a partiellement infirmé ces premiers résultats. La recommandation actuelle dans le milieu des guides (ASGM-SBV, ENSM, ENSA) est de ne pas utiliser ces cordelettes hyperstatiques et de leur préférer les cordes dynamiques traditionnelles pour évoluer sur glacier. En tous cas pour la cordée de 2.
Quand utiliser la cordelette hyperstatique
Les cordelettes hyperstatiques restent recommandées comme corde d’appoint statique, sur un itinéraire de ski de randonnée, ski de montagne ou ski hors-piste en encordement à la descente uniquement.
Soyez vigilant sur la nécessité de garder la corde tendue. Cela peut être très difficile à l’usage, surtout avec plusieurs personnes.
Avantage pour le sauvetage : l’allongement quasiment nul devient un atout au moment de retirer la victime vers la surface. Tous les efforts de traction sont immédiatement retransmis, sans être amortis par une élasticité parasite. Veillez à n’employer que des appareils adaptés pour le mouflage.
Restez donc sur une corde dynamique pour vos déplacements encordés sur glacier, et utilisez la cordelette hyperstatique en appoint. Vous n’aurez ainsi pas de mauvaise surprise.
Choix du diamètre de la corde
Le diamètre d’une corde influence en première ligne son poids. En montagne, le poids minimum est toujours recherché. Mais pour l’emploi sur glacier, la tenue des engins et l’ergonomie lors d’un sauvetage sont déterminantes.
Il est devenu courant d’employer un brin de corde à double. Aujourd’hui des cordes de plus en plus fines (dès 7,1 mm) obtiennent la norme corde à double. Cela peut poser un souci de résistance sur les blocs rocheux pris dans la glace ou la neige. Accident qui s’est déjà produit pendant un cours de guides.
Glacier plat éloigné des pentes rocheuses
L’emploi d’un brin très fin ne posera a priori pas trop de souci pour les manoeuvres sur glacier.
Glacier avec pierrier
Été comme hiver, si la cordée se déplace sur un glacier où l’on retrouve en été un pierrier, ou en sortie de glacier proche de la moraine, la corde risque de frotter sur un caillou posé ou pris dans la glace, même à travers la neige hivernale.
La résistance au frottement et au cisaillement d’une corde à simple sera appréciée, même au prix d’un poids plus élevé.
Au-delà du glacier
La course ne se limite pas toujours au glacier. Atteindre le sommet demande souvent de grimper dans les rochers ou sur une arête. Dans ce terrain, l’emploi d’une corde dynamique à simple ou doubler son brin de corde à double s’impose.
Pour référence : l’ASGM-SBV (association chargée de former les guides de montagne en Suisse) exige que les candidats viennent au cours avec une corde à simple de 9,5 mm pour tous les modules, y compris le module hiver.
Encordement sur glacier
Aux extrémités
L’encordement aux deux extrémités peut se faire de manière classique, sur nœud de huit ou sur demi double-nœud de pêcheur.
En milieu de cordée
Le nœud de papillon est avantageux pour sa forme. Les brins tirants sont alignés à la corde dans le nœud et la gaine souffrira moins en cas de mise en traction des 2 côtés.
Effectuez le nœud avec une ganse d’au moins 30 cm, et fixez-la dans deux mousquetons inversés, dont au moins un avec sécurité, sur le pontet.
Alternative mobile : le nœud de Machard
Effectuez un nœud de Machard avec une corde dynamique d’au moins 8mm dont on aura retiré 2 ou 3 torons pour la rendre plus souple. 5 tours minimum.
La sangle mono-brin Alpine Runner de Blue Ice en 110cm mise en double avec minimum 5 tours sera parfaite.
Le nœud permet aux personnes en milieu de corde de rester sur place en coulissant la corde du leader pendant qu’il passe le pont de neige, et de se déplacer en avant/arrière sur la corde tout en restant toujours en corde tendue.
Nœuds de freinage sur glacier enneigé
Pourquoi ils sont indispensables
Après avoir préparé la corde en N, vous être encordés sur les deux pointes du N et mis les extrémités en réserve, effectuez des nœuds de freinage sur la partie médiane.
L’emploi de ces nœuds dans une cordée de 2 alpinistes est indispensable pour avoir une chance de stopper la chute en crevasse sans aller jusqu’au bout de la longueur.
Espacement
Sur la partie médiane du N, chacun effectue devant soi et en direction de l’autre personne :
- Le premier nœud à 3 m
- Les deux suivants à 2 m d’intervalle
Le problème du cisaillement
Le souci avec un nœud traditionnel est le cisaillement par étranglement de la gaine à la sortie du nœud. Plus la corde est fine, moins il y a de gaine, et plus la fragilité augmente.
Deux nœuds recommandés
Inspirés du nœud de papillon parce qu’ils alignent les brins dans le sens de la traction, ils se bloquent efficacement dans la neige de la lèvre de la crevasse :
- Nœud de huit repassé
- Nœud de freinage ENSA
Sans employer trop de corde, ces deux nœuds gagnent du volume tout en conservant les brins tirants alignés au sens de la traction. Le souci de cisaillement de la gaine disparaît.
Voir absolument la vidéo de l’ENSA.
Sauvetage en crevasse

Matériel spécialisé
Pour remonter une victime ou remonter soi-même sur la corde de réserve, la poulie-bloqueur Micro Traxion de Petzl (débrayable), combinée avec le Tibloc de nouvelle génération (avec la pièce basculante en plastique orange), offre le meilleur confort et la plus grande efficacité.
On trouve aussi la poulie-bloqueur Spoc d’Edelrid, à combiner également avec le nouveau Tibloc.
Matériel conventionnel
Le diamètre de la cordelette des nœuds autobloquants doit être abaissé au maximum, mais pas en dessous de 5 mm. Tenue difficile et manipulations peu pratiques quand les cordes sont gelées ou mouillées.
Si la corde dynamique est coincée dans la lèvre de la crevasse, certaines cordelettes hyperstatiques sont homologuées pour fonctionner avec la poulie-bloqueur Micro Traxion combinée au Tibloc nouvelle génération.
Matériel de sauvetage indispensable
- Deux vis à glace, une de chaque côté du harnais
- Des sangles de 120 cm, réparties de chaque côté
- Des mousquetons de sécurité répartis de chaque côté du harnais
- Tibloc et Micro Traxion
Entraînez-vous avec ces différents engins avant de vous retrouver en situation réelle.
Points clés à retenir
- Corde dynamique permet de mieux retenir une chute en crevasse que corde statique (nouveaux tests ENSA)
- Cordelette PEHD en appoint pour sauvetage lorsque la corde est bloquée dans la lèvre
- Encordement extrémités : nœud de huit ou demi double-nœud de pêcheur
- Encordement milieu de cordée : nœud de papillon sur deux mousquetons inversés ou nœud de Machard mobile
- Nœuds de freinage indispensables en cordée de 2
- Sauvetage : Micro Traxion + Tibloc nouvelle génération, ou autobloquants de 5 mm minimum
Voir aussi
- Cordelettes hyperstatiques : propriétés des fibres Kevlar et PEHD
Noeuds associés :
- Nœud de Papillon : encordement milieu de cordée sur glacier
- Nœud de Huit : encordement aux extrémités
- Demi double-nœud de Pêcheur : encordement glacier alternatif
- Nœud de Prussik : autobloquant pour sauvetage crevasse














