La décision de partir malgré les doutes

Printemps 1997, 02h00 du matin. Je quitte le refuge des Grands-Mulets avec mon ami Claude pour tenter le sommet du Mont-Blanc.

Le temps n’est pas au beau, mais la météo annonce une amélioration en matinée. Confiant dans les prévisions et fort de mon expérience que je croyais solide, je choisis de partir malgré le manque de visibilité.

Jusqu’au pied de la pente menant au Petit Plateau, la trace de la veille est encore visible. Puis elle disparaît.

Il est 03h30. Un vent violent fait voler la neige. Je vois à peine le bout de mes skis dans la lumière de ma frontale. Un mauvais pressentiment me saisit, mais je repousse la décision de faire demi-tour.


L’avalanche se déclenche

À cinquante mètres de la rupture de pente, deux cordées de deux personnes sont devant nous. Soudain, un « woum » puissant retentit.

La fissure dans la neige me passe au-dessus à la vitesse de l’éclair. La masse se met en mouvement. La plaque à vent a cédé entre moi et mon ami : je pars dans l’avalanche, mon ami dans la pente à côté.

La corde qui nous relie me freine dans ma chute. Ce jour-là, elle me sauve la vie.

Tout va très vite. Je lâche mes bâtons, mes fixations de ski s’ouvrent. Je tente de rester en surface. Ma tête passe sous la neige, puis remonte. J’aperçois les frontales de mes compagnons d’infortune qui disparaissent et réapparaissent.


L’arrêt et la découverte du drame

L’avalanche ralentit. La neige se tasse autour de moi et m’enserre. Elle s’arrête. Je réalise que j’ai la tête et la main droite hors de la neige. Je me dégage tout seul.

J’appelle mon ami, qui répond aussitôt. Les autres randonneurs répondent à leur tour. Tous semblent hors de danger.

Mais 3 minutes plus tard, après que le groupe se rejoint, il manque quelqu’un.


La recherche DVA et la réanimation

La recherche DVA mène à la victime en 2 à 3 minutes. Le groupe commence le dégagement, elle est enfouie sous 1,50m de neige… Dix minutes plus tard, nous constatons qu’elle ne respire plus et n’avons pas de pouls.

La réanimation commence : massage cardiaque et respiration artificielle. Elle durera plus d’une heure et demie.

Soudain, la respiration de la victime reprend. Son cœur n’avait donc pas cessé de battre… Deux heures après l’accident, l’hélicoptère dépose le médecin François sur place.

Celui-ci reconnaît le travail accompli. Malgré tous nos efforts, la victime ne survivra pas. La famille l’a accepté, les médecins pourront prélever 10 de ses organes.


Ce que cet accident a changé

Cette expérience m’a conduit à réfléchir profondément. Deux questions m’ont guidé depuis :

  • Qu’aurais-je dû ou pû faire pour éviter cet accident ?
  • Comment transmettre ces connaissances pour que d’autres ne vivent pas la même situation ?

La réponse à la première question semble claire : j’aurais dû écouter mon instinct au pied de la pente et renoncer à la course. Même si ma présence sur les lieux de l’accident m’a permis d’organiser les secours, j’étais le seul à avoir une radio…

Pour la seconde, j’ai choisi la formation. Depuis cet accident, j’enseigne chaque hiver la prévention avalanches, ou comment éviter de se retrouver dans une situation telle que celle décrite plus haut, et la recherche DVA, aux particuliers comme aux professionnels, pour les aider à acquérir les bons automatismes.

Ce site, créé 15 ans après les faits, et mis à jour en 2026, prolonge cet engagement.