Quelle est la meilleure méthode pour installer un relais ?
Il n’y en a pas. Un relais bien installé est celui qui a été adapté aux conditions, au terrain et aux compétences des protagonistes. Certaines méthodes sont clairement à proscrire, car potentiellement dangereuses.
Réfléchissez dans tous les cas pour optimiser les chances que le relais tienne dans toutes les situations. Les exercices pratiques bien encadrés permettent d’acquérir les bons automatismes d’analyse et de réalisation.
Principes essentiels
Les méthodes d’assurage et d’organisation de la cordée peuvent toujours être modulées en fonction :
- des conditions
- du terrain
- de l’expérience des personnes qui assurent
Le leader choisit un endroit propice offrant si possible un replat ou une dépression, avec des possibilités d’ancrages solides : vis à glace, coinceurs à câble ou mécaniques, pitons, sangles ou anneaux de corde autour d’un arbre, d’un bloc ou à travers une lunule.
Règles fondamentales
- Reliez systématiquement tous les points du relais, au minimum trois points
- Confectionnez un triangle de force
- Tous les grimpeurs s’auto-assurent uniquement au mousqueton central, et si possible seulement au moyen de leur corde. Moins de matériel, ensemble plus solide, plus dynamique et plus clair
Employez systématiquement les mêmes mousquetons de sécurité comme mousqueton central (marquage avec du scotch par exemple).
Dégaines-explose (absorbeurs de choc)
Ne posez jamais une dégaine-explose directement sur les points d’ancrage du relais. Si l’une explose avant les autres, cela déséquilibre le triangle de force de manière dangereuse.
Le seul endroit propice : sur le côté borgne du mousqueton central, avec les cordes du leader quand il repart.
Installation d’un relais en terrain d’aventure
Mise en place
Étape 1 : posez un premier point, auto-assurez-vous avec la longe. La corde reste toujours en “action”, comme si vous grimpiez relié au dernier point dans la longueur, sans nœud.
Attention : si vous tombiez après vous être auto-assuré avec la corde sur ce premier point et qu’il cédait, la corde devrait retenir la chute avec un nœud sur sa longueur. Situation délicate.
Étape 2 : après avoir posé les ancrages et les avoir reliés avec le triangle de force, auto-assurez-vous avec la corde au mousqueton central via un autre mousqueton de sécurité. Décrochez la longe du premier point pour ne pas charger le relais sur un seul point.
Étape 3 : dans toutes les manoeuvres suivantes, seul le mousqueton central est employé. Tous les efforts doivent toujours être répartis sur tous les ancrages.
Étape 4 : quand le leader quitte le relais, sa corde est mousquetonnée au point de renvoi sur le côté borgne du mousqueton central, après que le second se soit positionné 1 à 2 m en contrebas. N’oubliez pas de transférer le matériel au leader.
Avant chaque départ de longueur, effectuez toujours le “double-check”.
Conseils selon le terrain
En rocher : le second peut placer un point supplémentaire à hauteur de ceinture pour s’attacher. Cela minimise le risque d’arrachement sur coinceurs.
En glace : restez attaché seulement sur le relais. La liberté de mouvement en dessous pourrait être salutaire en cas de chute de glaçons ou du premier.
Un décalage vers le bas, si possible décentré, optimise l’assurage en cas de chute du leader avant qu’il n’ait placé son premier point.
Cordelette Kevlar ou PEHD pour relier les points du relais
En terrain d’aventure, employez un grand anneau confectionné à partir d’un brin simple de cordelette Kevlar ou PEHD gainé de 5.5 ou 6 mm par 5.50 m.
La cordelette, qui n’est pas encore nouée en anneau, peut passer facilement dans tous les points du relais, particulièrement dans l’œillet des pitons déjà saturés de vieux anneaux, sans forcément avoir besoin d’un mousqueton de sécurité.
Fermeture de l’anneau
Effectuez un nœud roumain. Laissez dépasser les brins d’au moins 15-20 cm hors du nœud.
Après avoir relié les différents points entre eux, rassemblez les boucles créées. Effectuez un nœud en tête d’alouette pour fermer les différentes liaisons, et mousquetonnez.
Ce nœud ne glissera pas s’il est mis en tension sur une partie seulement des liaisons, grâce à la gaine et la rigidité de la cordelette.
Cordelette PEHD sans gaine: inadaptée
Attention : l’emploi d’une cordelette en pur PEHD (Dyneema) sans gaine ne convient pas du tout pour la liaison des points ni pour le nœud en tête d’alouette. La matière trop souple et très glissante ne permettra pas aux nœuds de tenir.
Seules les cordelettes gainées conviennent.
Transport
N’oubliez pas d’en emporter 2 pièces : une pour le relais en cours, une pour le prochain relais.
Option 1 : pliez en écheveau et faites un nœud de huit pour réduire le volume.
Option 2 : transportez en anneau fermé. La longueur de 5.50 m, une fois fermée par le noeud roumain, se plie en quatre pour obtenir 60 cm, facile à porter en bandoulière.
Veillez à ce qu’elle ne pende pas trop bas du harnais. Risque important de se prendre dans les crampons, particulièrement au cours de la descente.
Quel matériel pour le point central
Mousqueton de type H (HMS, forme de poire)
Des tests de résistance sous contrainte publiés par Desnivel et Montagnes Magazine ont mis en lumière une fragilité potentielle de la plupart des mousquetons de type H comme point central d’un relais compensé.
L’ENSA a également effectué des tests qui tempèrent l’alarmisme.
Recommandation : employez un mousqueton type H avec les plus hautes résistances, avec la forme de poire la moins symétrique possible.
Mousqueton de type B (forme de D) : meilleure option
Choisir un mousqueton de sécurité de type B de grande taille qui offre assez de place pour le nœud en tête d’alouette ou le Sanheux, et avec un nez keylock permettant de le sortir facilement après l’emploi. Préférer ceux avec une résistance de départ élevée. Exemples :
- Zodiac de DMM (32 kN, 75 g)
- Ultra D de DMM (30 kN, 80 g)
Alternative avec cordelette ou anneau cousu
Employez un anneau cousu ou noué de 120 cm avec un nœud de chaise doublé (ou bouline doublé) comme point central. Tous les mousquetons suivants sont clippés dans l’œil du nœud. Faites le nœud à l’opposé de la couture.
La cordée peut préparer deux anneaux avec ce nœud de chaise doublé, employés alternativement à chaque relais. Pratique à transporter en bandoulière en mousquetonnant l’extrémité de l’anneau avec l’œil.
Attention : au relais, la corde d’assurage ne doit pas entrer en contact avec l’anneau (risque de brûlure).
Pour les cordées de 3
Multiplicateur d’amarrages :
- PAW S de Petzl (4 trous, 55 g)
- BAT Plate XS de DMM (4 trous, 37 g)
L’avantage est la séparation des mousquetons et la quasi-certitude qu’ils ne se chevaucheront pas au moment d’un impact.
Dans tous les cas
Vérifiez le verrouillage du mousqueton central : le danger viendra plus vite d’un déclippage intempestif que d’une rupture en charge.
Clippez toujours le mousqueton susceptible de générer la plus grande charge (dummy runner, assurage sur relais) sur le côté borgne du mousqueton central, au plus près de l’axe fort, à l’opposé du doigt d’ouverture.
Le “dummy runner” : préserver le relais précaire
Lorsque le relais est précaire ou que le pas au départ est très difficile, utilisez cette tactique.
Mise en place
- Arrivé au relais, le leader installe un triangle de force sur sangles ou cordelette hyperstatique, passe sa corde dans le mousqueton central et continue jusqu’au premier ou deuxième point de la longueur suivante
- Après avoir passé sa corde dans la dégaine, il redescend au relais et s’installe sur le triangle de force
- Il passe les cordes des suivants dans son système d’assurage comme en moulinette sur son pontet, ou comme dans un relais normal en avalant le mou qui monte et redescend du dummy runner
En cordée réversible
La corde du nouveau leader est déjà passée dans les dégaines critiques au-dessus du relais. Impossible de retomber directement sur le relais.
En cordée classique
Une fois le second auto-assuré, le leader retire toute la corde du second à l’envers à travers la dégaine. Il se retrouve assuré d’en haut pour les premiers mètres.
Voir aussi
- Relais en terrain équipé : méthodes A et B, communication et cordée
- Cordelettes hyperstatiques : propriétés des fibres Kevlar et PEHD
- Tests ENSA sur l’emploi des HMS : Domaines d’utilisation
Noeuds associés :
- Nœud Sanheux : point central sans nœud
- Nœud de Demi-Cabestan : assurage universel sans engin
- Nœud de Cabestan : fixation au relais et réglage de distance
- Nœud de Tour Mort arrêté : régler et fermer le relais compensé














