La « moulinette silencieuse »

De toutes les manoeuvres en escalade, l’opération effectuée par le grimpeur au sommet de sa voie pour passer de la montée à la descente est certainement l’une des plus délicates. Elle demande de la concentration et une grande maîtrise du noeud d’encordement.

Pourquoi choisir la « moulinette silencieuse »?

Combien de grimpeurs ne se sont pas trouvés au sommet de leur voie, en train de crier: « relais », ou encore « c’est bon », ou bien « relais-vaché »…

Le leader, content ou soulagé nerveusement d’être arrivé au sommet de sa voie, informe ainsi plus ou moins bruyamment son assureur. Cette information, normale dans une voie de plusieurs longueurs, n’a pas sa raison d’être dans un jardin d’escalade. Non seulement elle peut être dérangeante pour les autres grimpeurs présents sur le site, mais elle a également été la source de nombreux malentendus!

En effet, un certain nombre d’accidents et d’incidents sont survenus à la suite de cette « information » mal interprêtée par l’assureur:

Celui-ci, ayant entendu « relais! », avait enlevé son appareil d’assurage et lâché la corde en pensant qu’il allait rejoindre son premier et se préparait à grimper comme dans une voie de plusieurs longueurs… Cet accident, après une chute de 15m et un séjour aux soins intensifs pour le leader, s’est fini devant les tribunaux, et les 2 grimpeurs ne sont plus trop amis depuis ce jour-là…

Cet autre avait compris: « c’est bon »: donc je peux lâcher la corde et aller chercher à boire dans mon sac situé à 100m de là… Dans ce cas-là, le guide a eu la vie sauve parce qu’il avait pris les 2 cordes dans ses mains en se mettant en arrière, à 30m du sol…

En outre, combien de grimpeurs, en entendant cette information, ne se sont pas demandés si c’était bien à eux qu’elle s’adressait…?

Depuis plusieurs années, les professionnels enseignent la « moulinette silencieuse ». Cette méthode simple permet d’éviter bien des malentendus!

Afin d’assurer votre sécurité maximale, voilà un petit « mémo » pour vous en rappeler les opérations au sommet de la voie, dans l’ordre:

  1. Avant l’ascension: Préparation de la corde au sol, nouage de l’autre extrémité, double contrôle « noeud d’encordement / système d’assurage » effectué par les deux protagonistes
  2. Arrivée au relais, mousquetonnage du point supérieur au moyen d’une dégaine, passage de la corde dans la dégaine (ainsi je suis déjà assuré comme dans la longueur)
  3. Mousquetonnage de la longe d’auto-assurage sur le point inférieur
  4. Tirage de 3 mètres de corde venant de la dégaine au harnais, confection d’une « queue de vache » avec la corde venant de la dégaine, mousquetonnage de la « queue de vache » au mousqueton à vis placé sur le pontet du harnais (je suis ainsi assuré 2x et ma corde est bloquée, je ne peux pas la lâcher…)
  5. Défaire le noeud d’encordement, passer l’extrémité dans le ou les anneaux du relais, en prenant soin de ne pas tordre la corde et en regardant d’où elle vient et où elle repart à la descente
  6. Refaire le noeud d’encordement, en prenant soin de repasser dans les deux points du harnais
  7. Défaire la « queue de vache », récupérer la dégaine 
  8. Annoncer à son assureur  : « Gaston, tu me prends?« 
  9. Attendre que la corde soit bien tendue, se mettre en tension dans la corde en montant un peu dans le relais pour contrôler si la corde est passée aux bons endroits (relais et harnais), et si le noeud est bien refait
  10. En tension, empoigner les 2 cordes et récupérer la longe d’auto-assurage
  11. Se faire descendre quelques mètres et relâcher la corde montante lorsque le sentiment d’être tenu est acquis
  12. Faire descendre son co-équipier de manière régulière, sans à-coups et pas trop vite : surcharge du relais et surchauffe des anneaux métalliques du relais ou du maillon rapide!

Le point 6 doit être parfaitement maîtrisé par le grimpeur. Il doit pouvoir être parfaitement autonome dans cette manoeuvre. Tant que ce n’est pas le cas, il vaut mieux exercer la manoeuvre contre-assuré du haut par une autre corde!

Le point 8 est primordial au niveau de la communication! En effet, jusque-là, je n’ai pas prononcé un seul mot, mon assureur est resté concentré sur sa mission d’assurage, même s’il a compris que je suis au relais. De plus, lorsque je l’appelle par son prénom, il se sent concerné et les autres grimpeurs comprennent à qui je parle…

Lorsque ces 12 points seront maîtrisés, cette manoeuvre sera la plus sûre! En effet, vous êtes doublement assurés pendant la manoeuvre au sommet de la voie et vous disposez à nouveau de la totalité de la longueur de corde pour arriver au sol.

Il existe plein d’autres méthodes, la plus couramment pratiquée se décrit comme suit:

  1. Avant l’ascension: Préparation de la corde au sol, nouage de l’autre extrémité, double contrôle « noeud d’encordement / système d’assurage » effectué par les deux protagonistes?
  2. Arrivée au relais, mousquetonnage de l’auto-assurage (sangle ou dégaine)
  3. Tirage de 2 mètres de mou, passage de la corde en boucle dans le/les anneaux du relais
  4. Confection d’une « queue de vache » et mousquetonnage de celle-ci sur le pontet du harnais, employer un mousqueton à vis ou automatique!
  5. Mise en tension sur la corde
  6. Annoncer à son assureur  : « Gaston, tu me prends?« 
  7. Défaire l’encordement, et tirer l’extrémité de corde ainsi libérée pour la sortir des anneaux du relais
  8. En tension, contrôler la bonne position du mousqueton, empoigner les 2 cordes et récupérer l’auto-assurage
  9. Se faire descendre quelques mètres et relâcher la corde montante lorsque le sentiment d’être tenu est acquis
  10. Faire descendre son co-équipier de manière régulière, sans à-coups et pas trop vite: risque de surcharge du relais et de surchauffe des anneaux, et risque important de surcharge du mousqueton d’accroche corde/harnais si celui-ci est en travers!

Cette autre méthode de pose de moulinette, si elle est plus rapidement effectuée, a pour moi plusieurs inconvénients, qui ne la rendent pas plus sûre que les autres, notamment:

  • La boucle de corde est plus volumineuse à passer dans les anneaux de relais, surtout dans l’anneau où mon auto-assurage est déjà accroché…
  • La manoeuvre « mange » au moins 2 à 3 mètres de corde, qui pourraient s’avérer nécessaires pour arriver au sol
  • L’amarrage de la « queue de vache » sur le harnais doit impérativement se faire sur un mousqueton de sécurité. (Un célèbre alpiniste/skieur de l’extrême s’est tué après s’être attaché avec un mousqueton sans sécurité dans cette manoeuvre…) Mais même avec un mousqueton à vis, la sécurité n’est pas absolue, le grimpeur pouvant oublier de fermer la vis du mousqueton, le mousqueton pouvant se mettre de travers, particulièrement si le grimpeur décide de refaire un passage assuré du haut… En outre, le mousqueton doit impérativement être accroché au pontet, et non pas au porte-matériel comme je l’ai vu faire en falaise…!

Conseil fûté:

Afin d’éviter d’user trop rapidement les points d’ancrage des relais en place, je conseille de placer une « dégaine sécurité » sur le plus haut des 2 deux points d’ancrage et un mousqueton verrouillable sur le point inférieur, et d’y passer la corde avant de se faire descendre. (« Dégaine sécurité »: composée d’une sangle express de 15cm relaint 2 mousquetons de sécurité. Peut également être utile dans la longueur sur un point crucial…) 

Il est également intéressant d’avoir une dégaine rallongeable pour pouvoir relier les deux points dans toutes les situations.

En procédant ainsi, les points de la moulinette en place sont économisés, les deux grimpeurs d’une cordée désirant grimper chacun son tour la longueur en tête gagnent du temps, et seule la personne expérimentée du groupe effectue la manoeuvre au sommet de la voie pour récupérer le matériel en fin de session.

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Mousqueton usé aux 2/3…

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Economie des points de moulinette 1

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Economie des points de moulinette 2

En conclusion:

Une fois la manoeuvre au sommet effectuée, et que le grimpeur est prêt à se faire descendre par son coéquipier, la prise en main des 2 cordes est primordiale!

Celui qui se laisse aller dans sa corde sans empoigner les 2 cordes au départ se comporte comme le piéton inconscient qui se lance sur un passage piéton sans regarder à droite et à gauche… 

En plus d’être sûr qu’il est bien tenu, le grimpeur peut ainsi prévenir un déséquilibre de son assureur au moment où le poids se fait sentir dans la corde, il peut l’aider à maîtriser la vitesse etc.

Pour la manoeuvre de récupération des dégaines, il est souvent pratique de mousquetonner une dégaine sur la corde qui remonte pour pouvoir rester proche de la corde. Cela permet d’éviter de penduler loin de la ligne, et de récupérer sans à-coups toutes les dégaines placées dans un angle ou un dévers, ainsi que la première au début de la longueur, où la corde fait souvent un angle marqué par rapport à l’assureur…

Bonne grimpe!